L'hémione sauvage de Mongolie: un Equidé sauvage menacé de disparition
L’hémione sauvage de Mongolie ou "Khulan" en mongol (Equus hemionus hemionus) est une des 6 sous-espèces de l’hémione sauvage d’Asie (dont l’une est aujourd’hui totalement éteinte) et est endémique au sud de la Mongolie (sud Gobi). Cette sous-espèce ne vit actuellement que dans cette région de la Mongolie et dans aucune autre région dans le Monde. L’hémione sauvage d’Asie appartient à la famille des Equidés, tout comme le cheval et l’âne, mais représente une espèce à part entière totalement différente notamment de l’âne sauvage, même si à tort il est nommé en anglais : Asiatic wild ass.
L’hémione sauvage de Mongolie est aujourd'hui enregistré dans la liste rouge de l’UICN comme "menacée" ce qui signifie “espèce présentant un très haut risque d’extinction à l’état sauvage” (http://www.iucnredlist.org/details/7951). Elle est également enregistrée comme “espèce menacée” dans le livre rouge de la Mongolie. Internationalement, cette sous-espèce est enregistrée en Appendice I de la Convention Internationale du Trafic des Espèces Menacées (CITES) depuis 1973, et en Appendice II de la Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices d’Animaux Sauvages.
L’aire de répartition originelle de l’hémione sauvage d’Asie entre le 17ème et le 19ème siècle recouvrait la majeure partie de la Mongolie extérieure, de petites aires de la Sibérie et de la Manchourie, la partie ouest de la Mongolie intérieure et la partie nord du Xinjiang. Aujourd’hui, la population la plus abondante de l’hémione sauvage d’Asie, représentée par sa sous-espèce: l’hémione sauvage de Mongolie (Equus hemionus hemionus) ou “Khulan" en mongol, représentant plus de 80% du nombre total de cette espèce, est uniquement présente dans le sud de la Mongolie et avec seulement trois individus de cette sous-espèce vivant en captivité en zoos dans le monde. La Mongolie représente donc un site de concentration très important pour cette sous-espèce.
A la fin du 20ème siècle, d’après les estimations faites, il y avait entre 33 000 et 63 000 Khulans en Mongolie. A l’heure actuelle, selon les dernières estimations, il n’y aurait pas plus de 20 000 individus Khulans présents dans le sud Gobi, ce qui suggère un déclin dramatique du nombre de Khulans au cours des dix dernières années.
Dans le Gobi, 99% de l’habitat est utilisé comme pâtures par le bétail. Dans de tels habitats un pastoralisme rentable n’est possible que par de longues distances de transhumance. Les éleveurs semi-nomadiques doivent donc avoir accès à de larges étendues de terres, dont les aires protégées. Or, suite aux changements politiques intervenus au début des années 1990, les populations urbaines ont été forcées à revenir vers une vie nomadique, ce qui a engendré une augmentation très importante du nombre d’hommes et de têtes de bétail dans beaucoup de régions rurales.
Dans le désert de Gobi l’eau est une ressource critique pour les hommes, leur bétail et la faune sauvage, mais celle-ci est malheureusement extrêmement rare et très dispersée. Dans une région comme celle-ci, l’eau apparaît comme étant un point clé pour la conservation des Equidés sauvages. Si leur accès à l’eau peut être sécurisé cela permet aux femelles d’assurer un soin optimal à leur progéniture sans de fortes dépenses d’énergie pour la mère, avant et après la mise bas.
La majorité de l’eau nécessaire aux hommes et au bétail peut être obtenue à partir de petits puits manuels. Mais, depuis les années 1990, la majorité des puits mécaniques construits sous l’ère collective sont tombés en délabrement. Les éleveurs et leur bétail se trouvent donc obligés d’utiliser les points d’eau naturels, également utilisés par la faune sauvage dont les khulans. Les khulans s'abreuvent préférentiellement au niveau des points d’eau naturels ou de trous qu’ils creusent eux-mêmes au niveau des lits des rivières asséchées. S’il n'y a pas d'hommes dans les environs ils peuvent s'abreuver aux puits ou installations humaines apportant de l'eau (Anne-Camille SOURIS, observations réalisées au cours de l'été 2008).
L’économie rurale de la Mongolie étant essentiellement basée sur l’élevage du bétail, ceci sous-entend donc une co-éxistence obligatoire entre les ongulés sauvages et les éleveurs semi-nomadiques et leur bétail.
D’après les interviews qui ont été conduits par Anne-Camille SOURIS (responsable du projet pour la conservation du Khulan) lors d’une mission de repérage et de préparation qui a eu lieu au cours de l’été 2006, il apparaît que traditionnellement la population Mongole voit le Khulan comme un animal honoré dans la culture Mongole. La grande majorité de la population et des éleveurs pensent que le Khulan doit être protégé afin d’éviter son extinction à l’état sauvage. Mais, les pertes massives en bétail intervenues au cours des hivers extrêmement rudes survenus ces dernières années ont conduits à une augmentation du braconnage du Khulan pour sa viande. D’après une enquête nationale conduite en Mongolie en 2005-2006, le marché illégal de Khulans aurait été estimé à environ 4 500 individus par an (Wingard and Zahler, 2006). Il semblerait y avoir eu depuis ces dernières années un passage de l'utilisation des ressources naturelles vers un marché de produits issus de la chasse illégale organisé sur les marchés de la capitale, Ulaanbaatar (Kaczensky et al., 2006).
D'après les témoignages recueillis au cours des recherches qui furent conduites au cours de l'été 2008, les principales menaces pesant actuellement sur la survie du Khulan sont:
- une fragmentation de son habitat suite à une installation massive de mines d'extraction de métaux et la construction de routes pour relier ces mines à la frontière chinoise dans le sud Gobi (Omnogovi aimag). La population de Khulan aurait ainsi migré depuis ces dernières années du sud Gobi (Omnogovi aimag) vers le sud-est Gobi (Dornogovi aimag);
- un braconnage et un trafic illégal de cette sous-espèce pour sa viande croissants au cours de ces dernières années, avec également l'utilisation de certains organes de Khulan dans la médecine traditionnelle locale;
- une compétition avec le bétail pour l’accès à l’eau.
D'après les observations conduites par une autre équipe de recherches, ainsi que d'après celles qui furent conduites au cours de l'été 2008 par Anne-Camille SOURIS, il semblerait que la présence des éleveurs et de leur bétail aux points d'eau interfère avec l'accès des Khulans à cette ressource vitale. La fuite de Khulans qui s'abreuvaient au niveau de trous qu'ils avaient creusés sur le lit d'une rivière asséchée face à un groupe de vaches qui s'y rendait également fut en effet observée au mois d'août 2008 dans le sud-est Gobi (Anne-Camille SOURIS, observations personnelles - 2008).
D'autre part, les éleveurs considèrent le Khulan comme le principal compétiteur avec leur bétail pour l'accès aux ressources vitales: eau et pâtures, ce qui a entraîné l'augmentation de la pression de la population locale sur le gouvernement pour accorder la réduction des effectifs de la population de Khulans et permettre de retirer au Khulan son statut d'"espèce protégée".