L'hémione sauvage de Mongolie: un Equidé sauvage menacé de disparition

 

L'hémione* sauvage de Mongolie ou "Khulan" en mongol (Equus hemionus hemionus) est l'une des  5 sous-espèces aujourd'hui reconnues de l’hémione sauvage d’Asie (dont l’une est aujourd’hui totalement éteinte). Cette sous-espèce vit majoritairement dans le sud de la Mongolie (désert de Gobi), avec également de petites populations dans la province du Xinjiang et en Mongolie intérieure (nord de la Chine) populations pour lesquelles il reste encore indéterminé s’il s'agit de populations fixes ou ponctuelles issues de migrations en provenance de Mongolie.

 

 

*Cette espèce est également nommée "âne sauvage" bien que le terme "hémione" soit plus approprié (hémione du grec "hémionos" qui signifie mi-âne mi-cheval).

 

. La plus grande population de l'hémione sauvage d'Asie

 

Le Khulan représente aujourd'hui la plus grande population de l'hémione sauvage d'Asie (sa population représentant en effet 80% de la population totale de cette espèce).

 

      L’hémione sauvage d’Asie (et ses sous-espèces) appartient à la famille des Equidés, tout comme le cheval domestique, l’âne domestique, l'âne sauvage d'Afrique, le zèbre, le Kiang et le cheval de Przewalski.

 

. Une espèce menacée de disparition !

  

     Le Khulan (et les autres sous-espèces de l'hémione sauvage d'Asie) est aujourd'hui enregistré dans la Liste Rouge de l’UICN comme espèce "en danger", ce qui signifie que l'espèce présente un risque important d'extinction.

 

    Liste Rouge de l'UICN / Fiche sur l'hémione sauvage d'Asie.

 

   Le Khulan est également enregistré comme “espèce en danger” dans la Liste Rouge Mongole des Mammifères de Mongolie.

 

   Internationalement, cette sous-espèce est également inclut en Appendice I de la Convention Internationale du Trafic des Espèces Menacées (CITES) depuis 1973, ainsi qu'en Appendice II de la Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices d’Animaux Sauvages (CMS).

 

. Une restriction de son habitat au fil des siècles ...

  

    L’aire de répartition de l’hémione sauvage d’Asie entre le 17ème et le 19ème siècle recouvrait la majeure partie de la Mongolie extérieure, de petites aires de la Sibérie et de la Manchourie, la partie ouest de la Mongolie intérieure et la partie nord du Xinjiang.

 

   Aujourd’hui, la population la plus abondante de l’hémione sauvage d’Asie, représentée par sa sous-espèce: l’hémione sauvage de Mongolie (Equus hemionus hemionus) ou “Khulan" en mongol, est uniquement présente dans le sud de la Mongolie, avec de petites populations dans la région autonome du Xinjiang et en Mongolie intérieure (nord de la Chine). Seuls environ deux individus de cette sous-espèce mongole vivent en captivité en zoos dans le monde.

 

    La Mongolie représente donc un site très important pour la conservation de l'espèce entière (hémione sauvage d'Asie).

 

. La population du Khulan a diminué de près de 50% depuis la fin des années 1990!

  

    La population du Khulan, estimée en 1997 à environ 43 165 individus (Feh et al., 2001; Reading et al., 2001), fut estimée en 2003 à environ 18 411 +/- 898 individus (Lkhagvasuren, 2007), suggérant un déclin dramatique de sa population d'environ 50%. Déclin qui a certainement continué jusqu'à ce jour face à l'impact direct et indirect croissant de l'homme ...  

 

. Une espèce menacée par l'impact direct et indirect de l'homme ...

Dans le Gobi, 99% de l’habitat est utilisé comme pâtures par le bétail. Dans de tels habitats un pastoralisme rentable n’est possible que par de longues distances de transhumance. Les éleveurs semi-nomadiques doivent donc avoir accès à de larges étendues de terres, dont les aires protégées. Or, suite aux changements politiques intervenus au début des années 1990, les populations urbaines ont été forcées à revenir vers une vie nomadique, ce qui a engendré une augmentation très importante du nombre d’hommes et de têtes de bétail dans beaucoup de régions rurales.

 

Dans le désert de Gobi l’eau est une ressource critique pour les hommes, leur bétail et la faune sauvage, mais celle-ci est malheureusement extrêmement rare et très dispersée. Dans une région comme celle-ci, l’eau apparaît comme étant un point clé pour la conservation des Equidés sauvages. Si l’accès à l’eau peut être sécurisé cela permet aux femelles d’assurer un soin optimal à leur progéniture sans de fortes dépenses d’énergie pour la mère, avant et après la mise bas.

 

La majorité de l’eau nécessaire aux hommes et au bétail peut être obtenue à partir de petits puits manuels. Mais, depuis les années 1990, la majorité des puits mécaniques construits sous l’ère collective sont tombés en délabrement. Les éleveurs et leur bétail se trouvent donc obligés d’utiliser les points d’eau naturels, également utilisés par la faune sauvage dont les khulans. Les hémiones s'abreuvent préférentiellement au niveau des points d’eau naturels ou de trous qu’ils creusent eux-mêmes au niveau des lits des rivières asséchées.

 

S’il n'y a pas d'hommes dans les environs ils peuvent s'abreuver aux puits ou installations humaines apportant de l'eau souterraine à la surface (Anne-Camille SOURIS, observations réalisées au cours de l'été 2008).

 

L’économie rurale de la Mongolie étant essentiellement basée sur l’élevage du bétail, ceci sous-entend donc une co-éxistence obligatoire entre les ongulés sauvages et les éleveurs semi-nomadiques et leur bétail.

 

D’après les interviews qui ont été conduits par Anne-Camille SOURIS (responsable du projet pour la conservation du Khulan) entre 2006 et 2010, il apparaît que traditionnellement la population Mongole voit le Khulan comme un animal honoré dans la culture Mongole. La grande majorité de la population et des éleveurs pensent que le Khulan doit être protégé afin d’éviter son extinction à l’état sauvage. Mais, les pertes massives en bétail intervenues au cours des hivers extrêmement rudes survenus ces dernières années ont conduits à une augmentation du braconnage du Khulan pour sa viande.

 

D'autre part, les éleveurs considèrent cet animal comme le principal compétiteur avec leur bétail pour l'accès aux ressources vitales: eau et pâtures, ce qui a entraîné l'augmentation de la pression de la population locale sur le gouvernement pour accorder la réduction des effectifs de cette espèce et lui retirer son statut d'espèce protégée.  

 

 

   D’après une enquête nationale conduite en Mongolie en 2005-2006, le marché illégal de Khulans a été estimé à environ 3 000 individus par an (Wingard and Zahler, 2006). Il semblerait y avoir eu depuis ces dernières années un passage de l'utilisation des ressources naturelles vers un marché de produits issus de la chasse illégale organisé sur les marchés de la capitale, Ulaanbaatar (Kaczensky et al., 2006).

 

   D'après les témoignages recueillis au cours des recherches qui furent conduites au cours de l'été 2008 par Anne-Camille SOURIS et son équipe, les principales menaces affectant actuellement la survie du Khulan sont:

 

- une fragmentation de son habitat suite à une activité minière croissante (extraction de charbon, d'or et minerais) et la construction de routes pour relier ces mines à la frontière chinoise dans le sud Gobi (Ömnögovi aimag) et aux grandes villes de la Mongolie. La population de Khulan aurait ainsi migré depuis ces dernières années du sud Gobi (Ömnögovi aimag) vers le sud-est Gobi (Dornogovi aimag) fuyant toutes perturbations causées par les activités humaines;

 

- un braconnage et un trafic illégal croissants de cette sous-espèce pour sa viande et sa peau au cours de ces dernières années, avec également l'utilisation de certains organes de cette espèce dans la médecine traditionnelle (selon informations récoltées par Anne-Camille Souris et son équipe depuis 2006);

 

- une possible compétition avec le bétail pour l’accès à l’eau et aux pâtures.

 

 

   D'après les observations conduites par une autre équipe de recherches, ainsi que d'après celles qui furent conduites au cours de l'été 2008 par Anne-Camille SOURIS, il semblerait que la présence des éleveurs et de leur bétail aux points d'eau interfère avec l'accès des Khulans à cette ressource vitale. La fuite de Khulans qui s'abreuvaient au niveau de trous qu'ils avaient creusés sur le lit d'une rivière asséchée face à un groupe de vaches qui s'y rendait également fut en effet observée au mois d'août 2008 dans le sud-est Gobi (Anne-Camille SOURIS, observations personnelles - 2008).

 

A découvrir également, la fiche sur l'hémione sauvage d'Asie d'ARKive 

Quelques photos d'hémiones prises par la Présidente et responsable des recherches de l'association GOVIIN KHULAN, ici:

http://annecamille-souris.jimdo.com/photos/mongolian-wild-ass-hémione-sauvage-de-mongolie/

Texte mis à jour le 15 août 2010

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