Quel avenir pour le Khulan ?

Etalon Khulan_Dornogovi aimag, Mandah soum_Août 2008

 

Alors que l’Hémione sauvage de Mongolie ou « Khulan » en mongol (Equus hemionus subsp.), était jusqu’à présent enregistré dans la Liste Rouge de l’UICN comme « espèce vulnérable », cette sous-espèce est à présent enregistrée – selon la dernière version 2008 de la Liste Rouge de l’UICN  -  comme « espèce menacée », signifiant "espèce présentant un risque très important d'extinction à l'état sauvage". En effet, sa population estimée en 1997 à environ 43 165 individus (Feh et al., 2001; Reading et al., 2001), fut estimée en 2003 à environ moins de 18 411 +/- 898 individus (Lkhagvasuren, 2007), suggérant un déclin dramatique de sa population de 50%. Aucun nouvel inventaire de la population du Khulan ne fut depuis entreprit.

 

L’avenir de cette sous-espèce est donc aujourd’hui plus qu’incertain…

 

D’après les recherches que j’ai pu conduire cet été dans les sud et sud-est Gobi (Omnogovi aimag et Dornogovi aimag) et le recueil de témoignages de la population locale et de certains spécialistes des Aires Protégées du Sud Gobi, la survie de l’Hémione sauvage de Mongolie est principalement menacée par :

 

- l’installation massive de mines d’extraction de métaux (manganèse, cuivre,

  or, …) et la construction de routes qui relient ces mines à la frontière

  chinoise ;

 

- un braconnage illégal de cette sous-espèce pour sa viande et pour la médecine

  traditionnelle qui augmente considérablement année après année ;

 

- et la prédation par les loups.

 

Le nombre de mines d’extraction de métaux est en pleine expansion dans le Gobi, plus particulièrement dans le sud Gobi : Omnogovi aimag où d’après une carte confidentielle qui m’a été dévoilée cet été, la quasi-totalité de cet aimag (province) serait occupée par des licences d’extraction de métaux, les seules aires finalement épargnées étant celles correspondant aux aires protégées situées dans cette province. Le nombre de mines est nettement moins important dans le Dornogovi aimag), mais d'après les témoignages recueillis cet été il semblerait toutefois être en expansion rapide.

 

Dans l'Omnogovi aimag de nombreuses routes ont été construites afin de relier les mines à la frontière chinoise qui se trouve à proximité.  Ces routes fragmentent l’habitat du Khulan ainsi que des gazelles à queue noire de Mongolie (Gazelle subgutturosa), et les nombreux véhicules qui y circulent perturbent fortement cette faune sauvage. De nombreux points d’eau observés cet été dans cette province étaient entourés de routes situées pour la grande majorité à moins de 1 km du point d’eau avec une circulation de véhicules relativement fréquente de jour comme de nuit aussi, perturbant ainsi la faune sauvage pour accéder à l’eau.

 

Cette installation massive de mines a poussé depuis ces dernières années la population du Khulan de l’Omnogovi aimag au Dornogovi aimag, mais aussi la population de la gazelle à queue noire de Mongolie. La migration de ces espèces semblerait être limitée à l’est par la présence de la voie ferrée reliant Pékin à Ulaanbaatar en passant par Saynshand (Kaczensky et al. 2006, in prep.).  Ces deux espèces ne traverseraient que très rarement cette voie ferrée. Les déplacements de ces deux espèces se trouvent ainsi limités, et concentrés dans le Dornogovi aimag. Or cette concentration de Khulans et de gazelles, couplée à celle d’un bétail dont le nombre de têtes est aujourd'hui en pleine augmentation, entraînera d’ici peu un sur-pâturage et une compétition croissante entre ces espèces sauvages et domestiques pour l’accès aux points d’eau. Sachant que l’eau dans le désert de Gobi est une ressource extrêmement dispersée et très rare...

 

 

Autre menace actuelle sur la survie du Khulan : un braconnage et un trafic illégal de cette sous-espèce pour sa viande augmentant année après année. Le trafic illégal serait estimé à près de 3 000 individus par an. Si le braconnage de cette sous-espèce continue le déclin de sa population sera de 5 à 10% par an!  (http://www.iucnredlist.org/details/7951).

 

D’après les témoignages recueillis cet été, tant auprès des spécialistes des aires protégées du Sud Gobi que de la population locale rencontrés et interviewés, le braconnage de Khulans est depuis ces dernières années en pleine croissance dans le sud Gobi, avec notamment l’existence d’un marché croissant à la frontière chinoise où la viande de Khulan serait vendue bien moins chère que la viande de cheval, de vache, chameau, chèvre et mouton, et où les chinois seraient également très demandeurs. Il semblerait également que certains organes du Khulan soient aussi utilisés dans la médecine traditionnelle, et que ses jambes ainsi que sa queue soient utilisés comme cravache pour monter les chevaux et leur permettre d’aller plus vite.

 

Peu de recherches et d’actions de conservation ne sont actuellement conduites sur l’Hémione sauvage de Mongolie dans les sud et sud-est du Gobi, là où sa population est la plus fortement concentrée à l'heure actuelle.

 

Face à son statut actuel très critique, il apparaît donc urgent d’agir au plus vite pour sa conservation.

 

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